Quitter la Suisse romande pour s’installer aux États-Unis, ce n’est pas juste « un grand voyage ». C’est un projet lourd, cher, très réglementé… mais faisable si vous préparez chaque étape dans le bon ordre. Je vais vous montrer comment je conseille mes clients qui partent à New York, Miami ou San Francisco, depuis Genève, Lausanne ou Fribourg.
Clarifier votre projet : pourquoi, où, combien de temps ?
Avant de parler cartons et conteneurs, il faut savoir où vous allez, pour combien de temps et avec quel statut. C’est ce qui va déterminer tout le reste : visa, volume à déménager, assurance, budget.
Posez-vous noir sur blanc :
- Ville et État de destination : New York (NY) n’a rien à voir avec Houston (TX) en termes de logement, de coût de la vie, de climat.
- Durée prévue : 1 an, 3 ans, indéterminée ? Pour un séjour court, il est parfois plus rentable de stocker en Suisse une partie de vos affaires.
- Statut : expatriation professionnelle (détachement), contrat local, études, regroupement familial, projet entrepreneurial, retraite…
- Composition du foyer : solo, couple, famille avec enfants, animaux.
Exemple réel : un couple de Lausanne qui part trois ans à Boston avec deux enfants n’aura pas du tout la même stratégie qu’un célibataire qui part en VIE à San Francisco pour 12 mois. Les premiers ont tout intérêt à expédier leurs meubles essentiels par conteneur maritime. Le second peut se contenter de quelques m³ en groupage, voire de tout racheter sur place.
Visa et statut : le point à régler avant tout le reste
Sans visa adapté, pas de projet. Beaucoup de gens commencent par demander des devis de déménagement… avant même de savoir s’ils peuvent légalement s’installer aux États-Unis.
Les principaux cas que je vois chez mes clients :
- Visa de travail (H-1B, L-1, E-2, etc.) : généralement pris en charge (au moins en partie) par l’employeur. Déménagement souvent plus conséquent, parfois avec prise en charge des frais.
- Visa étudiant (F-1) : séjour limité, budget plus serré, volume réduit. Souvent, on conseille le minimum d’affaires envoyées et le reste sur place en seconde main.
- Green Card / regroupement familial : installation durable, donc plus de meubles, plus de formalités douanières, et souvent un conteneur complet.
- Visa investisseur ou entrepreneur : attention aux délais et aux contrôles douaniers plus poussés.
Important : prévoyez des délais. Entre la constitution du dossier, les rendez-vous à l’ambassade américaine à Berne et l’obtention du visa, vous pouvez facilement compter plusieurs mois. Tant que votre visa n’est pas validé, évitez de vendre tous vos meubles ou de résilier votre bail en Suisse.
Calendrier réaliste : quand commencer, étape par étape
Pour un départ dans de bonnes conditions, voilà un planning type depuis la Suisse romande :
- J – 6 à 8 mois : clarification du projet, lancement des démarches de visa, estimation grossière du volume à déménager.
- J – 4 à 6 mois : premiers contacts avec des entreprises de déménagement international, visite technique pour estimer le volume, premiers devis.
- J – 3 à 4 mois : choix du déménageur, décision sur ce que vous emportez / vendez / stockez, organisation de la fin de bail en Suisse.
- J – 2 mois : tri intensif, vente ou don de meubles, résiliation des abonnements (télécom, fitness, parking, etc.).
- J – 1 mois : finalisation des inventaires pour la douane américaine, assurance déménagement, organisation du logement temporaire à l’arrivée.
- J – 1 à 2 semaines : emballage final (par vos soins ou ceux du déménageur), enlèvement du conteneur, nettoyage du logement, état des lieux de sortie.
- Après l’arrivée : suivi du transport, passage en douane, livraison, déballage, signalement d’éventuels dommages.
En dessous de trois mois de préparation, tout devient plus tendu : moins de marge pour comparer les prix, plus de stress sur les dates de départ du navire, plus de risque de surcoût.
Transport de vos biens : avion, mer ou rien du tout ?
Depuis la Suisse romande vers les États-Unis, 95 % de mes clients utilisent le transport maritime. L’aérien est réservé à des cas très spécifiques.
Les options principales :
- Conteneur complet (FCL – Full Container Load)
Idéal pour une famille ou un couple bien équipé. Vous occupez tout le conteneur (20 ou 40 pieds). - Groupage maritime (LCL – Less than Container Load)
Vous partagez un conteneur avec d’autres clients. Plus économique pour des volumes entre 3 et 15 m³, mais délais parfois un peu plus longs. - Fret aérien
Rapide (quelques jours), mais très cher, utile pour : dossiers importants, matériel professionnel indispensable, quelques effets personnels pour tenir le temps que le conteneur arrive.
Ordre de grandeur (pour situer, les montants varient selon la saison, le port d’arrivée, les prestations) :
- 5–8 m³ en groupage Genève → New York : souvent entre 3 000 et 5 000 CHF tout compris (emballage pro, transport, douane, livraison standard).
- Conteneur 20 pieds complet Genève → Californie : fréquemment entre 8 000 et 14 000 CHF selon prestations et accès au logement.
- Fret aérien 100 kg de bagages : la note peut facilement dépasser 1 500 CHF selon la compagnie et la saison.
Question clé que je pose toujours : est-ce que ce meuble vaut le prix de son transport ? Un canapé IKEA acheté 500 CHF en Suisse, qui coûte 400 CHF à transporter, ne vaut pas la peine. Un bon canapé haut de gamme qui vaut 4 000 CHF, oui.
Ce que vous pouvez / ne pouvez pas emmener aux États-Unis
Les douanes américaines (CBP) sont strictes, parfois plus que la Suisse. Plusieurs catégories d’objets demandent de l’attention.
Attention particulière sur :
- Alcool : réglementé, parfois taxé, parfois compliqué. Souvent, je conseille de ne pas inclure votre cave à vin dans le déménagement, sauf cas particulier.
- Nourriture : frais, viande, produits végétaux, graines… très risqué. La plupart du temps, il vaut mieux ne rien expédier dans cette catégorie.
- Produits dangereux : peinture, solvants, bonbonnes de gaz, certains produits de nettoyage, batteries lithium. Ces objets sont généralement interdits en conteneur maritime standard.
- Armes, munitions : soumises à des procédures très strictes. Si vous êtes concerné, il faut en parler très tôt avec votre déménageur.
Électricité et appareils :
- La Suisse est en 230 V / 50 Hz, les États-Unis en 110–120 V / 60 Hz.
- Les petits appareils (ordinateurs, téléphones) sont souvent multi-tension, donc compatibles avec un simple adaptateur de prise.
- Les gros appareils (lave-linge, frigo, four, certains appareils audio) ne sont en général pas adaptés. Mieux vaut les vendre en Suisse et racheter sur place.
Un exemple concret : une famille de Morges voulait absolument emporter son gros congélateur et son lave-vaisselle vers Chicago. Après vérification, les deux appareils n’étaient pas compatibles avec le réseau US. Coût du transport : env. 900 CHF. Prix de revente possible en Suisse : 600 CHF. Coût d’achat sur place, d’occasion : env. 700 USD. Ils ont finalement décidé de vendre avant le départ et d’acheter sur place, en économisant transport et ennuis.
Adresses de départ : Lausanne, Genève, Fribourg, Neuchâtel… les spécificités locales
Depuis la Suisse romande, les déménageurs internationaux organisent en général le transport via les grands ports (Le Havre, Anvers, Rotterdam, Gênes). Votre point de départ exact joue surtout sur :
- Les accès : rue étroite en vieille ville de Fribourg, immeuble sans ascenseur à Neuchâtel, villa à Pully avec accès camion facile… tout cela impacte le temps de chargement et parfois le prix.
- Les autorisations : besoin d’une autorisation de stationnement à Genève, restrictions dans certaines rues de Lausanne, etc.
- Les services complémentaires : stockage temporaire en garde-meubles en Suisse si vous partez avant le départ du conteneur ou si votre visa pousse la date d’installation.
Bon réflexe : lors de la visite technique, faites faire le tour complet du logement au conseiller, des caves aux combles, en passant par le garage. Plus l’estimation est précise, moins vous aurez de mauvaises surprises.
Assurance déménagement : indispensable pour un déménagement transatlantique
Entre la Suisse, le port européen, le navire, le port américain, le camion aux États-Unis, les risques existent : choc, casse, humidité, retard, perte partielle.
Il y a deux grands types de couverture :
- Assurance au poids : indemnisée au kilo (par exemple X CHF/kg). Peu adaptée pour des biens de valeur.
- Assurance en valeur déclarée : vous déclarez la valeur de vos biens (par famille d’objets ou objet par objet), et la prime est calculée en pourcentage (souvent 1,5 % à 3 % de la valeur déclarée).
Exemple : vous déclarez 40 000 CHF de biens assurés, prime d’assurance à 2,2 % → env. 880 CHF. Si une table de 2 000 CHF est irrécupérable, vous pouvez être indemnisé sur cette base (moins une éventuelle franchise).
Points à vérifier systématiquement :
- Conditions de l’assurance : franchise, exclusions (objets précieux, bijoux, œuvres d’art, documents).
- Qui emballe ? Si vous emballez vous-même, certaines compagnies limitent la prise en charge en cas de casse à l’intérieur des cartons.
- Délai pour déclarer un dommage à la livraison (souvent très court).
Budget global : ne pas se limiter au prix du conteneur
Le vrai coût d’un déménagement vers les États-Unis ne se limite pas au devis du transport. Il faut additionner :
- Transport international (maritime / aérien).
- Prestations en Suisse : emballage, démontage de meubles, piano, objets fragiles, autorisations de stationnement.
- Frais de port et de douane aux États-Unis : manutention, formalités administratives, éventuelles taxes.
- Livraison et déballage sur place : parfois en option dans les devis.
- Assurance déménagement.
- Coûts annexes : nuits d’hôtel ou logement temporaire dans l’attente du conteneur, double loyer (Suisse + USA) pendant une période, achat d’électroménager non transporté.
Un couple de Genève, sans enfants, partant à Boston avec 12 m³ en groupage, a par exemple dépensé :
- Env. 4 800 CHF pour le déménagement porte-à-porte, assurance comprise.
- Env. 2 000 CHF pour l’achat de meubles et d’électroménager d’occasion sur place.
- Env. 1 500 CHF de double loyer sur deux mois (fin de bail en Suisse + installation aux USA).
Avoir cette vue d’ensemble dès le départ permet de décider plus sereinement ce qu’on transporte… et ce qu’on revend avant le départ.
Check-list administrative : Suisse romande → États-Unis
En plus du déménagement, il y a toute une série de démarches à ne pas oublier.
Avant le départ :
- Mettre à jour votre passeport (valide suffisamment longtemps, avec pages libres).
- Obtenir votre visa ou votre autorisation de séjour.
- Résilier votre bail dans les délais ou trouver un repreneur.
- Clôturer ou adapter vos contrats : électricité, internet, assurances, mobile, parking, abonnements divers.
- Informer votre commune de départ (contrôle des habitants) et, si besoin, l’administration fiscale.
- Vérifier avec votre caisse maladie : résiliation, couverture à l’étranger, éventuelle période transitoire.
- Vérifier vos prévoyances (2e et 3e pilier), vos comptes bancaires, vos procurations éventuelles.
Pour le passage en douane américaine :
- Pièce d’identité et copie du visa.
- Liste d’inventaire détaillée (en anglais), idéalement avec valeurs approximatives.
- Adresse de destination (même provisoire).
- Coordonnées complètes (email, téléphone US si déjà disponible).
À l’arrivée aux États-Unis :
- Obtenir votre numéro de sécurité sociale (SSN) si nécessaire.
- Ouvrir un compte bancaire local.
- Souscrire des assurances locales : santé, logement, éventuellement responsabilité civile.
- Mettre à jour vos adresses auprès des organismes suisses importants (banques, AVS, impôts, etc.).
Animaux de compagnie : chiens, chats et compagnie
Beaucoup de familles romandes refusent de partir sans leur chien ou leur chat, et c’est compréhensible. Mais là aussi, il y a des règles strictes.
Points à vérifier :
- Vaccinations (notamment rage) à jour, carnet de vaccination, passeport pour animaux.
- Certificat de bonne santé délivré par un vétérinaire, souvent exigé dans les 10 jours avant le départ.
- Règles de la compagnie aérienne : taille de la cage, voyage en cabine ou en soute, périodes interdites (chaleur estivale).
- Réglementations de l’État d’arrivée : certains États sont plus stricts que d’autres.
Pour un déménagement Genève → New York avec un chien, par exemple, il faudra coordonner la date de vol avec l’arrivée potentielle du déménagement, mais aussi avec les conditions météo (certaines compagnies refusent les animaux en soute au-dessus d’une certaine température).
Organisation pratique le jour J : comment ça se passe réellement
Un chargement typique dans un appartement à Lausanne, 4 pièces, 25 m³ pour départ à Miami, se déroule ainsi :
- Arrivée de l’équipe : 3 à 4 déménageurs, camion ou conteneur à proximité, tour rapide du logement, validation du périmètre.
- Protection des accès : sols, cage d’escalier, entrée de l’immeuble.
- Emballage : meubles sous couverture et carton, vaisselle en cartons barrel, verres et objets fragiles bien protégés, vêtements en penderies cartons.
- Inventaire : numérotation des cartons, listing sommaire, mention des meubles en plusieurs colis si nécessaire.
- Chargement : organisation dans le conteneur selon le poids et la fragilité, calage pour éviter les mouvements en mer.
- Signature des documents : bon de chargement, double de l’inventaire, rappel des délais estimés.
De votre côté, ce que je recommande :
- Garder une valise d’urgence avec tout ce dont vous avez besoin pendant 2–3 semaines : vêtements, médicaments, papiers importants, chargeurs, ordinateur.
- Photographier les objets de valeur et l’état des meubles avant chargement.
- Prévoir de quoi payer un nettoyage de fin de bail ou l’organiser à l’avance.
Une fois le conteneur parti, il est trop tard pour « rajouter un carton ». Mieux vaut donc un bon tri en amont et un dernier tour complet du logement avec le chef d’équipe avant qu’ils ne referment le camion.
Se donner des marges pour respirer
Déménager aux États-Unis depuis la Suisse romande n’est pas une opération de dernière minute. Entre les visas, le choix du volume, les contraintes douanières, l’organisation sur place et les coûts, chaque décision a un impact concret.
Une préparation de 4 à 6 mois, des devis clairs, une check-list administrative bien tenue et un tri sans pitié de vos affaires font la différence entre un déménagement subi et une installation maîtrisée.
Posez-vous toujours la question : « Est-ce que ce que j’emmène justifie le coût, le risque et la complexité de le transporter de Lausanne, Genève ou Fribourg jusqu’à ma nouvelle adresse aux États-Unis ? » Si la réponse est oui, alors on organise. Si c’est non, on vend, on donne, ou on stocke.
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